ESOPE 2.0
Enseignement Supérieur Orienté Projet d'Entreprise 2.0.

        ESOPE 2.0

Enseignement Supérieur Orienté Projet d'Entreprise 2.0

De l'idée à l'objet :

Alma mater 2.0 et innovation pédagogique

Mémoire du Master 2 NET Numérique Enjeux et Technologies. Université Paris 8 Année 2015-2016.


La transition numérique s'invente chaque jour. La formation et l'enseignement doivent suivre, à défaut d'anticiper, ce mouvement car il est non seulement irréversible mais fondateur d'une société nouvelle ; la société de l'information esquissée dans les années 1960 par Marshall McLuhan, dessinée en 2000 par les GAFA et édifiée aujourd'hui par les créateurs de start-up qui sortent de nos écoles et universités. 


< Préambule >

Le présent mémoire ne propose pas de recherche théorique, ne confronte pas d'idées ni ne spécule sur des théories, concepts ou modèles intellectuels.

Il s'agit ici d'observer les effets de la révolution numérique sur la création d'une entreprise, sur sa structure, sur les fonctions au sein d'une entreprise, et de proposer les conclusions de ces observations aux fins d'enseignement. 

Ce mémoire décrit une expérience : la création en Février 2016 d'une entreprise dédiée à la transition numérique, à la fois sujet et objet de l'expérience : sujet car l'activité de l'entreprise est la recherche-développement d'un modèle économique de rupture qui s'appuie sur le web et objet car l'entreprise applique à elle-même les principes et outils numériques.

Le cœur de l'expérience consiste à vérifier comment et jusqu'où un individu (l'auteur) doté d'un CMS[1] et d'une (bonne) idée peut conduire une entreprise seul en assurant l'ensemble des tâches de l'entreprise, en s'appuyant sur les outils numériques à sa portée.

Les conclusions de cette expérience suggèrent diverses évolutions possibles des enseignements supérieurs numériques pour les étudiants qui se destinent à l'entreprise, l'autoentreprise ou la création d'activité.

Cette expérience s'inscrit dans un contexte de fortes turbulences liées à la transition numérique.

La transition numérique s'accomplit dans la douleur car elle se heurte à tous les acquis structurants et permanents de la société : l'exercice de l'autorité, le contrôle et la diffusion de l'information, l'organisation de l'entreprise, les formes et les moyens d'expressions individuels.

Dans ce contexte, insérer les étudiants au sein d'entreprises elles-mêmes bousculées par la révolution numérique suppose d'intégrer davantage de professionnels et de praticiens au sein de l'université afin de confronter la recherche et la pratique aux enjeux concrets de la transition numérique.

L'invention du bit, binary digit, atome de la molécule numérique, est tombée comme une météorite sur nos sociétés dans les années 90. Nous assistons à la lente disparition d'une espèce lourde, lente et énergivore, les entreprises pré-numériques, au profit de petits mammifères, les digital natives, lestes, agiles et véloces, au pouvoir de reproduction et de conquête illimité.

Les étudiants en 2016 sont tous des digital natives. Quoi qu'ils entreprennent, les jeunes professionnels naissent désormais de la mue numérique.

Le monde académique, en prenant la mesure de ces transformations, en se saisissant des enjeux numériques et en construisant des passerelles entre l'Université et le monde économique, assurera la continuité d'une Alma mater devenue 2.0 et prête pour le XXIème siècle.



< Sommaire >

Introduction 

Fiche d'identité de la société https://www.corecom.fr

https://www.santeinnovante.fr 

· Modéliser l'entreprise 2.0 

  • La transition numérique de l'entreprise : un modèle économique et social en rupture.
  • Cadre structurel : raison sociale, site web, base de données
  • Recension des compétences
  • Work-flow et chemin critique
  • Business intelligence et création de valeur.
  • La pratique et l'accomplissement (rupture, acquisition, conduite) 
  • Cadre opérationnel : la production détermine l'action
  • Le contrat 2.0. Le protocole numérique ou Blockchain.
  • La conduite de l'action (autonomie, subordination, mesure)
  • Expression de valeur (valeur financière, valeur d'usage, valeur sociale)

· Un corpus commun aux enseignements supérieurs numériques 

  • Envisager l'avenir et définir les besoins 
  • Redéfinition du statut des acteurs : étudiant, enseignant, professionnel
  • Le statut étudiant-entrepreneur
  • Recherche, prospective, développement
  • Ouverture et compétences
  • Les domaines d'application des enseignements version 2.0 
  • Economique
  • Juridique et fiscal
  • Administratif
  • Maketing, communication, réseaux.
  • Artistique

Conclusion : La place des humanités numériques dans la société et au sein de 38 l'Université.

Bibliographie

Glossaire


< Introduction 

La première partie aborde la question de la transition numérique de l'entreprise. Cette transition affecte l'entreprise sous deux aspects : la pression exercée sur l'entreprise par la dématérialisation des échanges et l'environnement numérique d'une part et l'exigence de changement de pratiques au sein de l'entreprise elle-même d'autre part.

Pour aborder ces questions, l'auteur a créé une société en Janvier 2016 dont l'objet est de mettre en pratique les principes de la dématérialisation et de la recomposition numérique de l'entreprise.

Cette entreprise applique à elle-même les principes de la gestion 2.0. Ces principes sont issus de la pratique personnelle de l'auteur.

Le parcours professionnel de l'auteur a commencé en 1986 et a été marqué par trois expériences d'introduction de rupture et d'innovation numérique au sein d'une entreprise publique et d'une institution : la RATP et l'Assemblée nationale.[2]

Ces expériences prédisposent à la poursuite d'une réflexion sur la conduite du changement à court et long terme dans une démarche empirique et expérimentale.

Les conclusions de la première partie concernent les étudiants qui se destinent à l'autoentreprise, la start-up ou une carrière en entreprise. Les enseignements qu'ils reçoivent demandent à être confrontés aux techniques et enjeux pratiques et théoriques du monde qui les attend dès avant la fin de leurs études supérieures.

La deuxième partie aborde la question de la transition numérique dans l'enseignement supérieur. L'avenir professionnel de l'étudiant commence un ou deux ans avant la fin de ses études : la réalité de la société du travail doit imprégner l'environnement des études supérieures. L'université doit offrir un socle théorique et pratique commun conçu pour préparer les étudiants aux réalités d'un monde qui s'invente chaque jour et réclamera des métiers qui n'existent pas encore.[3]

Parmi les enjeux partagés par l'université et les entreprises, il en est un qui se distingue tout particulièrement : la recherche.

La recherche universitaire orientée vers les entreprises ne concerne plus seulement la recherche fondamentale mais dorénavant la recherche appliquée : comment s'effectue la mue numérique des agents économiques ?

Si on confronte les enseignements généraux des techniques du web avec l'état des lieux de la transition numérique des entreprises en 2014-2015, on constate qu'il est urgent de produire un corpus théorique et pratique lisible par les entreprises, futurs employeurs, fournisseurs, partenaires ou sous-traitants, comme une chaîne de valeur, et compréhensible comme un ensemble de solutions faciles à mettre en œuvre.

Les PME et TPE notamment sont demandeurs de connaissances et d'outils numériques. Les PME voudraient recourir à des outils simples et d'usage immédiat (sites web transactionnels, visioconférences, bases de données dynamiques).

Les grandes entreprises voudraient intégrer l'innovation numérique qui n'entre pas dans les prestations informatiques des SSII, encore seules interlocutrices des grands groupes.[4]

Le champ d'application de prescriptions numériques auprès des entreprises, grandes et petites, est aujourd'hui sans limite.

Les options proposées ici s'inscrivent dans une ambition de rapprochement entre les entreprises et l'université.

La conclusion propose de réunir les principaux éléments constitutifs de l'entreprise 2.0 - situation 2016 - (les évolutions techniques s'imposent à un rythme soutenu), de construire une offre de formation à l'innovation et à l'initiative entrepreneuriale et d'élever le Master NET de Paris 8 au 1er rang.

Ces éléments peuvent alimenter une base de discussion et d'échanges en vue de formalisations futures d'enseignements supérieurs orientés projet d'entreprise.




< Fiche d'identité de https://www.corecom.fr >

< L'auteur a créé une entreprise qui est à la fois sujet et objet de l'étude décrite ici et qu'il convient de présenter :

Nom : CoreCom.fr https://www. corecom.fr

Création : Février 2016 RCS Pontoise.

Statut : SAS (société par actions simplifiée)

Objet : services aux entreprises.

  • Missions d'accompagnement de la transition numérique : maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'ouvrage déléguée, maîtrise d'œuvre, assistance à maitrise d'œuvre. CoreCom.fr propose aux entreprises confrontées aux impératifs de dématérialisation et de changement de pratiques des alternatives aux SSI et sociétés de conseil. Le savoir-faire du dirigeant dans ce domaine a été acquis au cours de plusieurs missions pour des entreprises publiques.
  • Organisation d'événements professionnels liés à la transition numérique. Ces événements ont pour objet la réunion d'une communauté (écosystème) autour d'un secteur d'activité (la santé, l'urbanisme, l'économie sociale, la mobilité, la sécurité, etc.) qui recompose l'économie du secteur et modifie la proposition de valeur.

Les trois principes qui président à la recomposition d'un secteur professionnel selon corecom.fr sont :

  • La communauté : matérialisée par un site web, parce qu'elle embrasse de façon horizontale un secteur sous tous ses aspects (recherche et développement, investissements, applications et industrialisation, contexte légal et réglementaire, environnement administratif, réflexion éthique, organisation économique, pratiques et usages) la communauté recompose les fondamentaux de la société (les "silos", en langage 2.0).
  • Le Jury : un groupe issu de la communauté observe la production du secteur concerné. Ce groupe auditionne les chercheurs, start-up et entreprises du secteur chaque année.
  • La newsroom : la communauté enrichit et partage une réflexion sur l'actualité, les évolutions et les objectifs du secteur.

La société Corecom.fr peut être considérée comme un laboratoire dédié à la transition numérique de l'entreprise [5].

La première réalisation de la société Corecom.fr est https://www.santeinnovante.fr

· Modéliser l'entreprise 2.0

Face au choc digital, l'entreprise du XXème siècle pré-numérique reste encore aujourd'hui le modèle dominant. Le choc digital entraine une révolution des pratiques professionnelles et impose une exigence douloureuse : produire davantage de valeur avec moins de salariés.

L'entreprise pré-numérique qui oppose capital et forces de travail tient une place exorbitante dans le corps social. Ce corps social est préparé depuis la révolution industrielle à rechercher la sécurité au détriment de la productivité au travers du statut de l'emploi et de la négociation salariale.

Or, avec la digitalisation et la dématérialisation, la productivité est soudainement au bout de la souris d'un ordinateur et le contrat de travail modèle 1936 modifié 1945 est devenu obsolète.

L'aptitude à s'inscrire dans le monde de l'entreprise détermine la survie de chacun. En assignant des tâches et en offrant un revenu, l'entreprise en 2016 installe l'individu dans la société des trente glorieuses.

Le contrat de travail en France induit une hiérarchie de la sécurité de l'emploi et donc des ressources de l'individu : CDD ou CDI, statut de droit privé ou de droit public. Par ailleurs le statut du contrat de travail a des conséquences lourdes sur les principales prestations collatérales : santé, indemnités de chômage, logement, allocations familiales, etc. Le Plan d'Epargne d'Entreprise (PEE)[6] vient renforcer entre 1967 et 2008 les dispositions qui lient l'employé à l'entreprise.

L'encadrement légal du travail est une histoire ancienne commencée au moyen âge avec les communautés de métiers (les corporations apparaitront au XVIIIème siècle) en dehors desquelles il était impossible d'exercer une activité. [7]

L'année 1936 et les lois sociales du front populaire imposent les grands principes de l'encadrement légal du travail qui restent d'actualité : durée légale du travail, congés payés, conventions collectives et protection sociale : chômage et santé.[8]

La poursuite au XXIème siècle de l'encadrement légal du travail conduit à un paradoxe : La loi des RTT (réduction du temps de travail) en 2000 et 2008 [9] dispose que l'initiative de dépôt de RTT appartient conjointement à l'employeur et à l'employé. Or, dans le cas de congé à l'initiative de l'employeur, l'employé doit déposer au DRH de l'entreprise une demande de dérogation pour travailler si son calendrier l'y contraint ou si l'envie lui en prend.

Parce qu'elle impose des contraintes de qualification archaïques, de normes administratives, d'opportunité, et surtout de coût lié à la fiscalité du travail, de la création de valeur et de revenus, l'entreprise héritière de la révolution industrielle fait figure de centrale thermique à charbon au milieu d'une cité dont chaque foyer est doté d'une éolienne et d'un panneau solaire.

La révolution numérique renvoi l'organisation sociale de l'entreprise et l'encadrement légal du travail à l'âge de la mine.

Les outils numériques rendent chaque individu autonome face au travail et à la création de valeur d'une part et la chaîne d'autorité dans l'entreprise s'efface devant l'impératif d'efficacité.

Ces bouleversements appellent une nouvelle organisation de l'entreprise et imposent des modèles d'action innovants.

Industrie, manufacture ou services, aujourd'hui tous les secteurs économiques, marchands ou non, sont confrontés à une irréversible transition numérique.

  • La transition numérique de l'entreprise

Qu'est-ce que la transition numérique ?

La transition numérique commence avec un fichier Word[10] dans les années 1980, innove aujourd'hui avec des micro-chips placées sous la peau capables de diffuser des molécules actives, et fera demain de nous des émetteurs-récepteurs de milliards de données grâce aux puces RFID greffées dans notre cerveau.

En 2016, la puce RFID se glisse déjà dans l'intimité des salariés : les entreprises ont dorénavant les moyens techniques de géolocaliser vingt-quatre heures sur vingt-quatre chaque salarié.[11] Ce n'est pas l'objet du présent mémoire, mais soulignons quand même que se saisir des technologies de l'information pour assujettir des individus à une quelconque autorité procède d'une vision régressive des usages digitaux.

Tentons d'illustrer ici une création d'entreprise en recourant aux ressources numériques courantes :

  • Cadre structurel :

1.1.1.1 raison sociale,

1.1.1.2 site web,

1.1.1.3. base de données

  • Raison sociale :

Les statuts de l'entreprise corecom.fr sont déposés au registre du commerce de Pontoise le 10 Décembre 2016. La société est enregistrée le 17 Février 2016 au Tribunal de commerce de Pontoise. Il a donc fallu 9 semaines pour créer une entreprise (du dépôt des statuts à la publication de l'annonce légale).

La démarche de création d'activité en 2016 mérite d'être décrite afin de mettre en lumière la difficulté de l'administration à faire évoluer ses procédures les plus simples[12] :

Le tout premier geste de l'impétrant créateur d'entreprise consiste à taper sur son clavier « création d'entreprise » accompagné éventuellement du code postal du siège social.

Le candidat trouve alors facilement le site de la Chambre de Commerce et d'Industrie qui propose divers services « accompagnement aux formalités d'immatriculation ». Le candidat envoi alors un e-mail qui détaille sa demande et reçoit une réponse après ... plusieurs semaines, qui l'informe uniquement que « le coût du suivi de dossier est de 90 € à régler par chèque. »

La démarche internet en vue de la création d'une raison sociale est à elle seule symbolique de l'époque : les sites internet issus de la requête « création d'entreprise » occupent plusieurs pages, alignent des déclarations d'intention multiples et variées (aide à la rédaction et aux formalités, financement, subventions, etc). Mais en fin d'examen et après des courriers sans réponse, le candidat-entrepreneur se retrouve devant l'hygiaphone du guichet du greffe du tribunal de commerce. Et s'il n'a pas sur lui de stylo, il doit attendre que son prédécesseur ait fini de remplir son dossier pour se saisir du Bic attaché à une chaine posé sur le rebord du guichet.

En résumé :

La première visite derrière la double vitre du greffe permet de retirer un dossier, glissé sous l'espace vitré.

La deuxième visite est nécessaire pour remettre le dossier et vérifier avec les fonctionnaires la liste des pièces afin que rien ne manque.

La troisième visite est justifiée par le courrier envoyé par les services du greffe qui indique : « Réclamation de renseignements et pièces manquantes [13]».

Le document légal initial remis par le greffe que doit remplir le candidat est une liasse papier dont les cadres à remplir au stylo NOIR (sinon c'est irrecevable) finissent couverts de blanc d'effaceur, de ratures, de débordements, de corrections en bas de page ou au dos, bref, ce formulaire n'a de toute évidence pas été revu depuis sa création.

Enfin et pour conclure, il faut souligner que le site https://www.infogreffe.fr/ dont la vocation est de dématérialiser les démarches administratives propose une procédure en ligne. Pour y accéder, il faut indiquer le numéro de registre de commerce... qui s'obtient au guichet du greffe du tribunal de commerce. [14]

(MàJ le 12/06/2016 : l'auteur signale l'apparition sur le web de : https://www.legalstart.fr : site retenu par l'association NCE Notaires Conseils d'Entreprises.

https://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20160217.OBS4844/un-numero-siret-en-quelques-clics-les-notaires-uberisent-la-creation-d-entreprise.html)

Une fois établie l'existence légale et administrative de la société, il faut se consacrer à son activité. Le site web est le premier et principal outil de l'entreprise.

1.1.1.2 : Site web.

Le site web et ses fonctionnalités transactionnelles (messagerie, paiement en ligne, bases de données dynamiques) se substituent aux fonctions et besoins organiques classiques de l'entreprise : communication, publicité, catalogue, action et gestion commerciale, gestion administrative, etc.

Une entreprise tient aujourd'hui tout entière dans un site web.

Le site https://www.santeinnovante.fr de corecom.fr est conçu pour être une entreprise sans personnel, hormis son créateur.

Le défi de Corecom.fr pose en principe que les outils web permettent de créer et de conduire une entreprise de sa conception à son exploitation.

Objet social : l'exposition de l'objet de l'entreprise est la première information présentée par le site web.

Dans le cas de santéinnovante.fr, il s'agit de créer un écosystème professionnel autour de la question de la e-santé, de réunir la demande de financement et l'offre d'investissement (start-up et business-angels, investisseurs institutionnels) et d'organiser le débat à hauteur institutionnelle sur le sujet de l'innovation en santé.

Activité : comment santeinnovante.fr accompli-t-il son objet social ?

Le site réunit une Communauté, un Jury et édite un Blog.

Le site réunit une communauté autour d'un secteur d'activité qui est aussi un enjeu de société : ici, la santé.

Cette communauté embrasse de façon horizontale un secteur dans tous ses aspects :

- Recherche et développement : les start-up financées par des fonds privés et les laboratoires qui sont sous contrat public.

- Investissements : crowdfunding, private equity, banques et institutionnels, financement public.

- Applications et industrialisation : artisanat, sociétés manufacturières, industrie, services.

- Contexte légal et réglementaire : juristes, cabinets de conseils, sociétés d'audit, consultants.

- Environnement technique et administratif : pouvoirs publics nationaux et locaux, administrations, agences nationales et régionales.

- Réflexion éthique : think-tank, conseils, agences publiques, personnalités qualifiées, associations d'usagers.

- Organisation économique : analystes du secteur, politiques, administration, associations d'usagers.

- Presse et médias : presse spécialisée, réseaux sociaux, etc.

La communauté ainsi formée est appelée à décloisonner les fondamentaux de la société ; les "silos", en langage 2.0, afin de placer les acteurs du secteur, donc eux-mêmes, en situation de productivité accrue et de fertilisation intellectuelle et pratique.

Le site compose un Jury : un groupe issu de la communauté observe la production du secteur concerné. Ce groupe auditionne les chercheurs, start-up et entreprises du secteur chaque année.

Cette méthode a l'avantage de donner une vision vivante et évolutive des activités du secteur. En matière de e-santé, les auditions sont souvent spectaculaires car on assiste à l'innovation en marche dans un domaine particulier : le vivant.

Le site propose un Blog : la communauté enrichit et partage une réflexion sur l'actualité, les évolutions, les acteurs, le contexte international et les objectifs du secteur.

Les échanges entre les acteurs offrent des perspectives de marché global, dans un contexte mondialisé.

Le Blog est le lieu d'échange et de confrontation des idées, des intérêts et des stratégies. Les parties-prenantes en exposant leurs positions, ambitions et divergences font la partie la plus importante du chemin qui participe à la création de valeur : la recherche de consensus et l'impératif de modération.

Par ailleurs, ce dispositif présente l'avantage d'être transparent pour le public qui joue dorénavant un rôle clé dans les politiques des entreprises comme des pouvoirs publics.

1.1.1.3. Base de données

La base de données est le cœur nucléaire de l'entreprise. Il s'agit d'un système de gestion dynamique de l'information. Par dynamique, il faut entendre une information mise à jour, enrichie et augmentée en flux tendu. Les bases de données sont en évolution permanente.

La couche fondatrice de la base de données est le tableau Excel. Aux informations contenues dans Excel, on applique éventuellement des algorithmes simples : <actualité+France+nomprénom> pour obtenir les dernières citations dans la presse française. Ou <historique+nomdesociété+mails> pour un classement chronologique des échanges avec un contact.

Dans le cas de santeinnovante.fr, les bases de données concernent :

  • Les prospects : chercheurs, start-up et laboratoires de recherche.
  • Les clients : les candidats inscrits aux Trophées. Ce sont des prospects transformés. Dans ce cas un historique commercial s'ajoute à la base de données : la totalité des actions réalisées. Il s'agit de prix, de paiement, de date d'exécution, de service réalisé, d'options, etc...
  • Les jurés : l'ensemble organisé des personnalités associées à l'événement, leurs parcours, publications, activités.
  • Recension des compétences au sein d'une entreprise 2.0

Les compétences nécessaires à la conduite d'une entreprise 2.0 peuvent-elles être réunies par une seule personne ?

La rupture majeure de la révolution numérique réside dans les moyens donnés à chacun de remplir des tâches jusqu'alors spécialisées et cloisonnées, grâce à un CMS [15] (content management system, ou système de gestion de contenu).

Les CMS les plus récents sont des boites à outils très complètes.

Le site santeinnovante.fr est construit avec un CMS WordPress, doté d'une BdD MySQL et hébergé par OVH qui met à disposition des statistiques détaillées.

L'objectif est de définir les fonctions management et gestion au regard d'un CMS.

Le CMS doit permettre d'assurer les fonctions de :

Direction :

Un CMS est avant tout une cabine de pilotage. Toutes les fonctions et actions de l'entreprise sont disponibles en temps réel. Un site web devient le véhicule d'une activité et l'entreprise n'a besoin que d'un pilote.

Le CMS, véhicule digital, illustre d'abord une volonté : celle du dirigeant exprimée par écrit et/ou par oral sur le site, mais aussi son image, la description de son activité, et permet toute transaction liée à cette activité.

Pour cette raison, une entreprise numérique ne connait pas la subordination hiérarchique. Il peut exister une subordination fonctionnelle dans le cas de gestion complexe de fichiers dans une industrie qui demande une main d'œuvre manufacturière le cas échéant.

Administration :

L'administration concerne les flux et archivage des échanges entre l'entreprise et les parties prenantes, partenaires, clients, fournisseurs, public.

La fin du papier au bénéfice du support digital a une double conséquence : outre la dématérialisation, elle entraîne un classement naturel de l'information : les e-mails se rangent dans la boite mail, les dossiers dans les dossiers et les fichiers dans les fichiers. Tout se retrouve par requête en un clic. Une entreprise tient dorénavant sur les genoux d'un individu là où les armoires métalliques et les chefs de bureau se déployaient sur plusieurs étages.

L'action du dirigeant en matière de tâches administratives est donc non seulement organisée mais significativement simplifiée.

Il existe néanmoins encore deux freins majeurs à la pratique numérique :

  • le degré de dématérialisation de l'administration publique au niveau national et surtout local dans ses rapports avec les entreprises.
  • La force des habitudes : il y a encore beaucoup de gens qui impriment des e-mail et les rangent dans des classeurs.

Commercial :

Recruter des clients et leur vendre des biens et/ou services procède du même moyen que pour l'administration : l'outil numérique commercial contient le catalogue, le classement, la communication, la transaction, la gestion et le back-office (traitement des actions intermédiaires, SAV), etc.

L'action commerciale est donc à la portée du dirigeant grâce aux fonctionnalités du web. Cette action peut être conduite à tout moment et couvrir tout le spectre, de la prospection jusqu'à l'encaissement grâce au paiement en ligne.

Ressources humaines :

La fonction RH est totalement bouleversée par le développement des CMS dans le paysage entrepreneurial à plusieurs égards.

Si l'organisation générale des échanges, commerciaux ou non, s'oriente vers un schéma « entrepreneur/ objet social/ CMS », la fonction RH évolue significativement : il n'y a plus de fonction RH au sein de l'entreprise et la finalité RH est redéfinie autour de l'adéquation individu/compétence/objet social.

En termes de statuts juridiques, les complexes échafaudages du droit du travail s'effondrent au profit de statuts individuels tournés vers l'autonomie et l'efficacité : autoentrepreneur, SAS et SAU, profession libérale BNC/BIC[16], etc.

Dans ce processus d'évolution la fonction RH s'éloigne des contraintes liées au statut salarié pour devenir analyste de carrières et chasseur de têtes : le challenge consiste à trouver le meilleur «entrepreneur/objet social/CMS », pour le secteur concerné qui peut être aussi bien une chaîne de montage automobile, un institut de formation à la médecine ayurvédique ou une compagnie aérienne[17].

Logistique :

En matière de logistique, lorsque des transports physiques sont nécessaires, c'est le principe de subsidiarité[18] qui s'applique : l'entité la plus à même de réaliser la prestation d'acheminement, de stockage, de tri ou de distribution est mobilisée de façon autonome.

La chaîne d'exécution du commerce électronique, bien rodée aujourd'hui, intègre la logistique.

Finance et Comptabilité :

La finance de l'entreprise concerne : l'investissement, les encours, les balances, les budgets, les bilans intermédiaires et d'exercice, et bien sûr les outils de décision.

La gestion financière, avec ce qu'on appelait il y a quelques années les ERP (Entreprise Ressource Planning) vendus en progiciels par des sociétés spécialisées, est désormais quasiment fournie en bundle et en ligne.

Là aussi, la pratique empirique des échanges inspire les formes de la gestion 2.0 : lorsqu'un client effectue un achat sur un site web, le déclenchement de la chaîne e-business est automatique : création d'un dossier client, d'un dossier de suivi logistique, d'un dossier d'information statistique (dans quelles catégories se range le client en terme marketing : CSP, composition familiale, situation géographique, habitudes de vie, etc.), d'un dossier comptable qui vient lui-même alimenter les données financières et mettre à jour le bilan financier prévisionnel, puis final.

Le dirigeant de l'entreprise a donc à sa disposition non plus une série d'informations transmises par des personnes physiques organisées par métiers (directeur commercial, financier, technique, etc.) mais un état permanent et mis à jour en temps réel des actions en cours exécutées par l'intelligence numérique.

Toutefois, l'intelligence numérique ne produit tous ses effets et ne concourt à la réalisation de l'objet de l'entreprise que si elle est organisée pour la recherche de l'efficacité.

C'est le rôle du work-flow et du chemin critique.

  • Work-flow et chemin critique

Le work-flow, mot à mot « flux de travail », désigne l'ordre dans lequel les actions sont organisées au sein de l'entreprise dans la recherche d'une efficacité optimale.

Le chemin critique, parfois appelé planning stratégique, a pour but d'identifier les contraintes, d'optimiser les ressources et de lever les délais afin de réaliser l'objet de l'entreprise dans les meilleures conditions.

Par exemple lorsque le work-flow de santeinnovante.fr affiche plusieurs réservations le même jour, le chemin critique, lui, doit prendre en compte le nombre de sièges. Le seuil de remplissage est une donnée bloquante dans le dispositif.

Work-flow et chemin critique peuvent aussi entrer en conflit. Un conflit se présente par exemple lorsque le work-flow prévoit d'adresser un bon de commande d'expédition alors que le chemin critique a écarté du processus le pays émetteur de la commande initiale pour des raisons réglementaires ou stratégiques.

Historiquement, l'outil d'organisation de planning stratégique de l'entreprise est le GANTT ou le PERT, qui sont des représentations graphiques d'actions et d'événements (calendrier en abscisse et actions/événements en ordonnées par exemple). Les deux diagrammes Gantt et Pert, souvent associés, sont disponibles sous Excel.

Le rôle du dirigeant 2.0 est donc de penser l'organisation de son entreprise en termes d'objectifs en regard des outils numériques.

C'est dans la gestion des flux associés aux bases de données que réside la création de valeur de l'entreprise. Les flux produits par un client (historique de ses requêtes sur le site web ou sur son navigateur) rapprochés de son profil (CSP, géolocalisation, situation familiale et professionnelle) ouvrent des perspectives inédites de création de valeur.

On entre dans le domaine du marketing prédictif.

  • Business intelligence et création de valeur.

La Business intelligence consiste à inventer les algorithmes qui rapprochent les données de flux et les données de stocks afin d'extraire une information utile.

Les données de flux sont produites par les requêtes des individus et les réponses qui sont apportées à ces requêtes. Les données de stocks sont les données relatives aux individus. En croisant ces données, on peut prédire la nature et les dates des événements de la vie d'un individu.

C'est historiquement le travail effectué par les actuaires des assurances. Une compagnie d'assurance examine le risque au regard de statistiques qui portent sur un ensemble de données : géographie, météo, topographie, nature de l'objet assuré, statut de la personne assurée, etc.

L'outil numérique rend le croisement de données instantané et l'enrichit de nombreuses options qui favorisent la prédiction. C'est l'objet du Big-Data.

Aujourd'hui, la prédiction de la consommation de biens et de services d'un individu de sa naissance à sa mort (prédictible !) existe sous forme de bits et d'algorithmes. Le frein à la publication des outils numériques est double : légal et social. La législation encadre strictement la création de bases de données d'une part[19] et la société exprime encore de fortes réserves au regard de la communication de données personnelles d'autre part.[20]

Pour passer outre les contraintes légales, le secteur marchand s'organise : la création d'avatars permet de maintenir un anonymat de façade (le fichier client porte des identifications codées (code-barres ou algorithme) qui protège l'identité personnelle, mais l'avatar ainsi créé répond à une adresse IP réelle. C'est la phase ultérieure de l'ICP ou «Ideal Customer Profil », ou encore « Market Profile Development »[21].

Ces dispositifs de marketing prédictif se perfectionnent et se professionnalisent dans les pays anglo-saxons et asiatiques à faible protection juridique des données personnelles et sont disponibles en mode SaaS de façon encore relativement confidentielle, mais on peut prédire sans risque qu'il s'agit d'une tendance lourde.

La formalisation conceptuelle de la transition numérique et la modélisation des actions grâce aux outils internet conduisent à un passage à l'acte réinventé par la pratique et l'accomplissement.

  • La pratique et l'accomplissement : rupture, acquisition, conduite

La réalisation de l'objet de l'entreprise 2.0 demande en premier lieu un cadre opérationnel. Ce cadre opérationnel est le théâtre d'une rupture majeure dans l'histoire de l'entreprise : dorénavant la production détermine l'action.

  • Cadre opérationnel : la production détermine l'action

Le cadre opérationnel de la conduite de l'entreprise 2.0 est une illustration de la transition numérique.

Depuis les débuts de l'Histoire et jusqu'à présent, au sein de l'entreprise, la décision déterminait la production : le dirigeant réunit les cadres, discute des options et opportunités, évalue avec eux la faisabilité des projets et décide des actions à conduire. Le management répercute les objectifs en termes de calendrier, de ressources et de moyens à la maîtrise et celle-ci met en œuvre la production, l'exécution et le suivi avec les personnels.

En retour, les tableaux de marche, bilans, résultats financiers, indicateurs et analyses de marché sanctionnent positivement ou négativement, dans le délai de l'exercice légal de l'entreprise et de la tenue du conseil d'administration, le chef d'entreprise.

Ce processus hiérarchique et chronologique a connu de fortes innovations mais toujours dans le cadre indépassable du modèle action et production.

Dans le domaine de l'automobile par exemple, les évolutions sont significatives : le délai qui sépare la conception de la livraison d'une voiture est passé de plusieurs années à quelques mois[22]. Néanmoins le processus de production s'inscrit toujours dans le cadre d'une usine de production à la chaîne dont le modèle remonte aux années 1900.[23]

Soudainement et comme par enchantement sous l'effet de la magie numérique, le rapport s'inverse : plus besoin d'usine pour produire des voitures. Il suffit de cliquer sur Internet pour commander des pièces qu'on assemblera dans son garage. Certaines pièces seront produites sur place grâce à une imprimante 3 D. La voiture préexiste de façon virtuelle. La rendre réelle consiste à exécuter des actions simples, dont la principale revient à exprimer un vœu sur le web.

Cette description n'est pas une fiction. Le processus d'acquisition d'une voiture électrique en kit existe dans les cartons de la Silicon Valley.

La seule raison qui explique que la voiture en kit n'est pas encore sur Internet est la réalité sociale : 1,8 millions de salariés dans le secteur automobile en France[24], 3,4 millions en Allemagne[25], 4,3 millions aux USA.[26]

Le cadre opérationnel de la conduite de l'entreprise 2.0 consiste donc en un ensemble de fonctionnalités web qui déclenchent des actions prédéterminées par l'objet de l'entreprise.

Pour ce qui concerne santeinnovante.fr qui illustre ces travaux, les fonctionnalités déterminent l'action de la façon suivante :

Une fois l'objet social posé ; la création d'un écosystème de la e-santé en France, et la structure de l'événement installée ; communauté, jury et blog, les outils numériques font le reste. Le site web expose les éléments éditoriaux et techniques et la base de données organise et restitue les informations.

Chaque élément d'information ajouté part s'installer dans sa rubrique, son fichier, sa base : un nouveau juré se met dans la liste des jurés, un invité à la soirée part dans le programme, un candidat aux Trophées dans la base candidats.

Fort de ce cadre opérationnel, le site santeinnovante.fr met en place les deux piliers stratégiques du modèle 2.0 : un événement social et une valeur de marché.

L'événement social est la réunion physique des parties-prenantes. Le mode de réalisation de l'événement est festif : lieu prestigieux, soirée sous les spots et caméras, rediffusions télévisuelle, prises de paroles et interventions courtes et fréquentes, remise de Trophées, cocktail et rencontres.

Les discours et présentations de plus de trois minutes sont bannis. Pas de table ronde fastidieuse, de dossiers de fond, de présentations PowerPoint ni d'analyses pointues. Tout cela est présent sur le site web et accessible à la communauté à tout moment.

La valeur de marché tient en deux éléments : chiffre d'affaire et notoriété. Le chiffre d'affaire est le résultat de plusieurs données : la qualité des candidats aux Trophées, les personnalités qui composent le jury, les débats qui rassemblent les parties-prenantes et le succès des interactions qui caractérisent le modèle économique : la fin des silos et le début de la fertilisation croisée sous influence numérique.

Ces deux éléments, événement social et valeur de marché, peuvent se résumer par la formule : Buzz & Business. Le terme « buzz » contient toutes les acceptions de la société connectée : échanges, notoriété, réputation, audience, popularité, immédiateté. Le terme « business » signifie que le dernier mot appartient à l'argent, que la monétisation de l'action est le but ultime, la loi de notre société.

Estrade des confrontations médiatisées et du « Networking », Internet est aussi l'arène où se tiennent les jeux modernes, où se donne le spectacle d'une société aux mœurs immuables qui demande du pain et des jeux.

En 2016 le pain est distribué selon les règles de l'Etat providence et bientôt du revenu universel de base[27]. Les jeux sont assurés comme dans l'antiquité par des acteurs hautement spécialisés : les modernes gladiateurs se livrent à des combats oratoires retransmis en vidéo dans les événements publics et sur les réseaux sociaux.

Le cadre opérationnel s'accompagne d'un cadre contractuel.

  • Le contrat

Le contrat est l'élément fondamental de l'échange dans la société : il fixe les droits et obligations des personnes physiques et morales dans l'espace et le temps.

La notion de contrat est consubstantielle de la vie numérique car chaque action sur le web est à la fois immatérielle (on clique sur une icône et on déclenche une action) et a des conséquences physiques immédiates et sur le long terme (on met en action une chaîne logistique et des mouvements de capitaux).

Un contrat contient trois éléments : un objet (description de la volonté des parties), un élément d'exécution (actions, délais, conséquences) et un élément conservatoire (protection, durée et intégrité du contrat).

Il est donc fondamental de pouvoir s'appuyer sur un outil qui assure l'enregistrement, la conservation et l'intégrité de chaque action digitale.

Cet outil s'appelle la Blockchain[28]. Le principe de la blockchain est le réseau distribué : une information ou transaction est un « bloc ». Ce bloc est distribué à l'identique sur l'ensemble d'un réseau : la « chaîne ». Les données qui circulent sont infalsifiables car hébergées et restituables sur des milliers de serveurs. Chaque serveur de la blockchain dispose d'un exemplaire de chaque « chaine de blocs ».

Une technologie de rupture appliquée au contrat a des conséquences importantes sur la pratique et l'accomplissement en raison du caractère irréversible et transparent d'une information digitale ;

Une information digitale est irréversible : on ne peut pas brûler le registre, détruire le document, faire disparaître l'information. On peut seulement mettre l'information en sommeil, mais elle restera inscrite dans les couches basses des serveurs d'application et pourra être extraite à tout moment.

Une information est transparente : quel que soit le degré de protection affecté à une information digitale, celle-ci est accessible, s'impose pour ce qu'elle est et ne peut subir d'effets de l'intelligence humaine : altération, modification ou travestissement. Entre la vérité et le mensonge, il y a les ressources de l'intelligence humaine[29] qui recourt à la médiation sémantique ou symbolique face à la réalité.

L'activité humaine quelle qu'elle soit laisse un sillage numérique qui est lisible et durable. Un clic, un envoi, une copie, un message sont dorénavant inscrits dans un marbre personnel qu'il faut apprendre à intégrer dans l'exercice de son métier.

Ces deux caractères, irréversibilité et transparence, modifient la pratique et l'accomplissement de l'individu et de l'action.

  • La conduite de l'action : autonomie, subordination, mesure.

Le contrat numérique induit des changements majeurs en termes d'autonomie, de subordination et de mesure.

Autonomie. La facilité avec laquelle se conclu un contrat numérique confère aux individus une autonomie totale : dans la plupart des cas, il s'agit en réalité de contrats conclus entre deux machines. Le web produit dorénavant le cadre structurel du contrat en stockant aux fins de transactions les données personnelles. Les formulaires d'identifications sont en mémoire et sur le cloud. Même en changeant de disque dur, d'ordinateur ou d'adresse IP, les données restent, afin d'être disponibles sur tous les supports : ordinateur, tablette, I phone, et toute puce embarquée.

Le contenu de la transaction est lui-même gravé dans la mémoire numérique.

Dès lors, le web est à la fois juriste, tiers certificateur, rédacteur et partie prenante dans la plupart des transactions. C'est pourquoi les émetteurs de cartes de crédit (banques et institutions de crédit) couvrent les sinistres ou défaillances de façons mutualisées et indifférenciées car l'instruction d'un incident technique ou délictuel et la recherche d'une responsabilité humaine n'est plus économiquement pertinente.

Cette évolution de l'usage du contrat, insensible car introduite progressivement dans la pratique, modifie en profondeur la nature des échanges entre les individus, en affectant notamment les rapports de subordination.

Subordination. Un contrat classique est l'expression de subordinations bilatérales ou multiples ; la subordination ultime réside dans le rapport entre des individus. Ce n'est plus le cas dans le contrat numérique car l'outil et les procédures font écran entre les personnes.

La subordination ne disparait pas ; elle change de vecteur et de nature. Un contentieux né d'un contrat pré-numérique se règle devant un médiateur humain, le tribunal, et au moyen d'outils conventionnels, les codes juridiques ; code civil, commercial, pénal, etc. L'issue d'un contentieux juridique repose dans ce cas sur des acquis : le droit, la technique juridique et l'éloquence.

Le traitement d'un contentieux issu d'un contrat numérique repose, lui, sur deux éléments préexistants : la donnée, réputée infalsifiable car contenue dans la blockchain ou dans le code, et la dématérialisation qui médiatise la confrontation.

Un recours contre un acte, s'il est accompli sur le web, s'exerce par écrit sur le web, est instruit à partir d'informations numériques et les échanges entre les parties sont dématérialisés.

Pour ces raisons le résultat d'un recours ou d'une contestation est subordonné à une série d'éléments d'informations codés qui ne peuvent pas être interprétés mais dont on constate ou non l'existence sur une chaîne d'instruction : blockchain ou code.

Dans la vie, lorsque la police se trouve face à un mort et un individu muni d'une arme, il existe une présomption, des faisceaux d'indices, et une multitude d'options qu'il faut examiner pour obtenir une conclusion. Dans le monde numérique, le mort, l'individu armé et la police forment un seul élément d'information qui expose la totalité du tableau et la chaîne d'actions qui a conduit au résultat constaté.

Cette réalité nouvelle nous oblige à considérer toute action sur le web dans une perspective orwellienne et kafkaïenne : nous sommes subordonnés à un maître inhumain auquel nous livrons les données qui lui permettent de contrôler nos existences, et nous sommes devant un gardien du château que nous ne pouvons ni convaincre, ni subvertir, ni forcer[30].

Cela doit conduire l'homo numéricus à être capable d'évaluer une action sur le net, de réaliser une mesure du projet.

Mesure. Une bonne appréhension de l'autonomie et une bonne évaluation de la notion de subordination sur le web permettent de mettre en évidence la mesure de l'action.

Par mesure, il faut entendre l'aptitude à considérer une action sur le web dans toutes ses composantes. La pratique en 2016, vingt ans après l'entrée de la société dans la vie numérique, montre que l'affaire est ardue.

Le sommet de l'Etat, l'administration, les services, les grandes entreprises et les institutions qui les entourent (syndicats, organisations, agences publiques, etc) font aujourd'hui encore la démonstration de leur incapacité à conduire des projets numériques importants.

Nombre de grands projets informatiques français ressemblent à des maisons dessinées par des architectes fous : l'escalier est oublié, la cave est au grenier et les tuyaux font des nœuds.

En 2014, la Cour des comptes relève « des dysfonctionnements organisationnels, humains et techniques » dans le logiciel de paie LOUVOIS, grand projet informatique public. [31]

Les constatations sévères de la juridiction financière pourraient s'appliquer à de très nombreux projets informatiques depuis quinze ans. Les projets DMP (dossier médical personnel) ONP (Opérateur National de Paie), CHORUS (Comptabilité publique) et LOUVOIS (Logiciel unique à vocation interarmées de la solde) sont des échecs cuisants et coûteux.[32] Ces échecs sont exposés au public mais il en existe beaucoup d'autre, restés au fond de tiroirs ministériels et d'entreprises publiques. La raison de ces échecs est évidente et permanente : en France, on forme les informaticiens, pas les chefs de projet. Les maçons, mais pas les architectes.

Demander à une SSII de construire un site web transactionnel, c'est comme demander à une équipe de maçons de dessiner des plans d'urbanisme. Le gâchis est total, car les acteurs sont par ailleurs ultra qualifiés, tous ingénieurs, et ils supportent le poids des échecs. Les chefs de projets de SSII sont tenus par la culture de l'entreprise de rédiger des spécifications fonctionnelles qui ne prennent en compte que l'enjeu technique et statique de l'information, pas de prendre la mesure du projet.

La mesure d'un projet commence par l'examen du contexte dans lequel s'inscrit le changement numérique.

Dans le cas des projets d'outils de gestion et de paie publics pour des entreprises et administrations, l'erreur est stratégique : au lieu de vouloir à tout prix reproduire un modèle bureaucratique sous forme numérique, il faut revoir le work-flow d'origine. Cela implique de commettre le crime absolu : éliminer les couches de complexité dans l'administration des personnels, des biens et des services. La célèbre RGPP (Révision générale des politiques publiques) plus grande réforme entreprise depuis l'après-guerre, fait la démonstration de l'incapacité de l'Etat à prendre le pli numérique.[33]

L'Etat convient lui-même de son échec.[34] Mais l'examen de l'échec de la réforme commandé par le gouvernement est assuré par ceux-là même qui ont construit les structures de l'Etat 1.0 : les grands serviteurs de l'Etat, contrôleurs généraux de l'administration centrale et chefs des services de l'Inspection générale de l'administration.[35]

Soulignons ici que lorsque les Etats-Unis font face au même problème, l'exécutif américain, devant l'échec annoncé de son propre DMP, envisage une solution radicale : recruter une équipe de geeks pour construire une solution informatique nouvelle.[36]

Autonomie, subordination et mesure, conditions de la transition numérique, suggèrent que la loi de l'évolution va éliminer les grosses structures, dinosaures consommateurs de ressources, au profit de professionnels jeunes, formés à l'école de la société 2.0 et adeptes naturels du lean management.[37]

Comme toutes les évolutions, le processus est long et conflictuel, marqué de lentes agonies et de créations remarquables.

Il faut noter que d'une façon générale l'offre d'innovation digitale est absente du marché. Le rôle de conseil aux entreprises est dévolu presque exclusivement aux SSII. Les SOPRA, ALTRAN, STERIA, ATOS et autre CAP GEMINI fournissent des prestations classiques de SSII aux entreprises : ERP[38], infogérance[39], TMA[40], etc.

Curieusement, les solutions apportées par ces SSII n'intègrent jamais aucune innovation, en raison certainement du caractère expérimental des outils nouveaux qui apparaissent à un rythme soutenu.

Par exemple, une SSII va fournir du Cloud à une entreprise, prestation technique qui répond à des spécifications fonctionnelles, et fera pour cela souscrire à son client des contrats de TMA, mais ne participera pas concrètement à la réflexion marketing stratégique qui concerne les informations contenues dans le Cloud. Ce sont des start-up qui produisent des algorithmes de requête ciblées qui modifieront les architectures de l'information supportée par le Cloud.

Autre exemple, lorsque la SNCF demande en 2010 à ATOS un système de contrôle de flux de document, y compris ceux produits par des terminaux embarqués, ATOS se tourne vers une start-up afin de sous-traiter la quasi-totalité de la commande faute du savoir-faire et de la capacité à acquérir ce savoir-faire[41].

La mesure du projet, grand ou petit, local ou mondial, temporaire ou durable, est l'exercice indispensable au passage d'une société post-industrielle à une société digitale. L'aptitude à l'évaluation stratégique est la clé de la révolution numérique car c'est la mesure qui exprime la valeur.

  • Expression de valeur : la valeur d'usage, la valeur sociale, la valeur financière.

La concomitance des valeurs d'usage, financière et sociale est un aspect inédit de l'économie numérique.

La recherche du profit, objectif de l'économie de production, ou économie de marché traditionnelle, oppose le plus souvent les valeurs d'usage, financière et sociale, la règle de l'économie de marché étant « l'optimisation du profit sous contraintes » telle que définie par Franck Knight[42].

Il est communément admis que cette optimisation s'exerce au détriment de l'intérêt général, puisque tout ce qui s'oppose à la maximisation du profit participe des contraintes économiques qui s'imposent en tant que règles supérieures.

En ce début de XXIème siècle, le débat qui oppose profit et intérêt général est marqué par la considération d'enjeux nouveaux regardés comme conditions de la survie de l'espèce humaine : respect de l'environnement et des couches élevées de l'atmosphère, protection des ressources naturelles ; eaux douces, sols, milieux halieutiques, gestion et transformation des déchets urbains et industriels, etc.

Cette évolution de la notion d'intérêt général se retrouve dans l'économie numérique. Les start-up qui développent des moyens de production d'énergie non nucléaire et non fossiles (éolien, solaire, marémoteur), celles qui inventent des matériaux de construction recyclables, celles qui inventent une économie « durable » ont les faveurs des investisseurs.

Cette évolution traduit aussi un changement de paradigme : la valeur sociale de l'entreprise était jusqu'ici entendu comme la priorité donnée à l'emploi sur le profit[43]. Or il est admis que la transition numérique est destructrice d'emplois.

La valeur sociale se trouve aujourd'hui non plus dans un enjeu collectif de protection de l'emploi mais dans la satisfaction du bien être individuel résumé par « un corps sain dans un environnement sain »[44].

La transition numérique s'exprime à travers des signes encore marginaux dans la société mais très visibles : l'enthousiasme des créateurs de start-up, le dynamisme des sociétés de crowdfunding, les résultats stupéfiants des biotechnologies et de la recherche sur le vivant, l'apparition d'outils universels[45] et surtout la recherche de solutions éco-compatibles et vertueuses en termes de protection de l'environnement.

Ces signes sont lus par les analystes et investisseurs comme annonciateurs de fortes valeurs à la fois d'usage, sociales et financières pour les start-up.

Un exemple éloquent est celui de Withings : le tout premier objet connecté (2009) de cette start-up est une balance personnelle connectée. Cet objet réunit une valeur d'usage ; le service rendu, une valeur sociale ; la promesse de bien-être et de santé augmentée par la connectivité et le big-data, et une valeur financière ; la perspective de plus-values démultipliées par les mécanismes propres à l'économie numérique[46] (Notamment l'usage de la prime d'émission affectée aux actions des fondateurs et au primo-investisseur)[47].

Cadre opérationnel, contrat, conduite de l'action et création de valeur sont les notions qui illustrent la pratique de l'entrepreneuriat 2.0.

Il peut sembler opportun de rassembler ces notions dans un corpus commun aux enseignements supérieurs numériques.

Cet enseignement pourrait être utilement construit sur la pratique des outils CMS et Bases de données d'une part, et sur la modélisation théorique à partir de la pratique de chaque étudiant d'autre part.

Un Master 2 devrait ainsi permettre à chaque étudiant à la fois de rester dans son registre d'origine ; artistique, stratégique, éditorial, commercial et marketing et d'intégrer le marché professionnel muni d'un solide bagage pratique et théorique.

· Un corpus commun aux enseignements supérieurs numériques.

En matière de formations supérieures numériques en France, on observe une grande diversité d'offres.

Cette offre de formation TIC s'inscrit dans un large spectre d'enseignements dont on peut extraire à titre d'exemple :

  • technique : UVSQ supply-chain et e-logistique
  • artistique : Paris 8 Création et Edition Numérique
  • juridique : Paris 1 Master de droit du numérique
  • commercial / Marketing : ESLSCA : Gestion de la relation Client/CRM
  • stratégique : Mines Paris Tech : Management de la Technologie et de l'Innovation, Ecole Polytechnique : Master PIC Projet Innovation Conception,

Ces formations ont toutes pour objectif de former les étudiants au plus près des besoins des entreprises.

Chaque formation TIC apporte une richesse et une diversité de compétences très étendues. Toutefois, il manque la couche pratique : la langue ou le langage commun.

De même que la langue permet d'acquérir les enseignements des sciences humaines, ou le langage des mathématiques d'acquérir les enseignements des sciences dures, un langage commun permet d'entrer dans la vie numérique.

Ce langage tient en un ensemble de notions et d'outils qui forment dorénavant le vecteur de la vie numérique : il s'agit du web et sa grammaire est le CMS.

L'expression personnelle, privée comme publique, consiste aujourd'hui à publier. SMS, Twitter, post, sites web, wiki... (wikipédia, wikidata, wikibooks, wikiversité, wikinews ...) etc. Le champ de publication est infini et le média unique : le web. Pour cette raison, il faut commencer par la maitrise du web.

Sans présence sur le web, pas d'existence dans la vie. Sans présence virtuelle, pas d'existence réelle. La publication digitale est la condition de toute vie réelle : personne physique ou morale, événement, entreprise, œuvres, arts, lettres et sciences, rien ni personne n'existe sans référencement sur le web.

L'enseignement supérieur doit très rapidement se saisir de cette évidence : il faut maîtriser l'enseignement de l'expression numérique avec au moins un CMS et une architecture de base de données primaire.

C'est le prérequis de toute action pédagogique à un niveau d'enseignement élevé, toutes filières confondues.

  • Envisager l'avenir et définir les besoins

La transition numérique au sein de l'université est un paradoxe : ce sont les étudiants qui possèdent la connaissance et les enseignants qui ont besoin d'apprendre.

Chaque année universitaire qui passe voit se renforcer la domination absolue des Etats-Unis et de l'Asie en matière d'innovation. Douze start-up récentes et importantes crées en France sont passé sous pavillon étranger.[48]

La Recherche en France est sous tutelle et financement publiques. Cette tutelle multiplie les annonces et les structures (ANR, MIRES, BPI, etc)[49] mais la Cour des Comptes dans un rapport de 2013[50] indique :

« La Cour observe qu'en dépit de financements publics croissants, l'effort national de recherche et développement stagne en France, du fait de la faiblesse de la recherche des entreprises. La part des financements sur projet progresse, mais la participation des équipes françaises aux appels à projet européens connaît un recul préoccupant. Par ailleurs, malgré des ressources accrues, les universités et organismes de recherche disposent paradoxalement de marges de manœuvre en réduction. Enfin, en termes de valorisation de la recherche, les performances scientifiques de la France apparaissent meilleures que leurs retombées économiques».

La qualité des chercheurs, des équipements et des infrastructures ainsi que des financements en France est largement reconnue. La faiblesse de la Recherche hexagonale est donc ailleurs ; dans le choc subit par des habitudes et des mœurs colbertistes plongées dans la mondialisation ?

La mondialisation, c'est l'exigence de s'exprimer et de se faire entendre non plus dans un cercle local et spécialisé, mais à l'échelle de la planète auprès d'un large public. Comment former un professionnel mondialisé au sein de nos institutions ?

  • Redéfinition du statut des acteurs : étudiant, enseignant, professionnel

La redéfinition des rôles et statuts des acteurs dans la société est une conséquence majeure et inéluctable de la transition numérique.

L'étudiant n'est plus un individu installé dans un schéma social : jeune non productif et préprofessionnel. Dorénavant les individus sont appelés à étudier tout le long de l'existence, de façon continue ou ponctuelle. Cette mixité ; activité professionnelle et apprentissage, est le gage de l'efficacité et surtout de l'accomplissement personnel.

Le modèle qui consiste à acquérir des connaissances théoriques et pratiques pour ensuite les appliquer la vie durant est totalement disqualifié par la révolution numérique. Car cette révolution n'exige pas seulement des mises à niveau permanentes, elle encourage aussi une liberté d'actions, d'initiatives et d'imagination qui entraine le changement d'ère dont nous sommes les acteurs.

Le cadre des études ; écoles, universités et formation professionnelle, est à la veille de changements majeurs : l'information essentielle à l'apprentissage des connaissances indispensables dans la société 2.0 se trouve en dehors des institutions académiques. C'est pourquoi ces institutions, lorsqu'elles souhaitent inscrire leur mission dans le mouvement numérique, inventent de nouvelles pratiques : Mooc, tutorials thématiques, etc [51].

La qualité d'étudiant doit être accessible à tous les âges de la vie. La société, en admettant cette réalité, doit repenser son fonctionnement, la nature et les structures de ses institutions dédiées à l'enseignement.

L'enseignant ne peut plus rester seulement dans la position d'autorité due à un titre académique ou une spécialisation. A l'heure de l'internet, des écrans et claviers, de l'emprise digitale et de l'omnipotence du clic de souris, l'interaction humaine prend une dimension nouvelle.

L'enseignant n'est plus seulement caution de la connaissance, il est avant tout porteur d'engouement, libérateur d'enthousiasme, éveilleur de curiosité, d'affectio societatis autour de la connaissance. Il est surtout et avant tout garant de l'apprentissage et de l'exercice de la seule aptitude qui échappe à l'intelligence numérique : l'esprit critique. Pour cela, la qualité humaine prime le statut professionnel.

Le professionnel est dorénavant partie prenante de la chaine d'apprentissage : il est un ancien étudiant, peut le redevenir et être appelé à enseigner à tout moment.

En matière d'enseignement numérique, l'école ou l'université ne peut pas se passer du professionnel, qu'il soit salarié, consultant, entrepreneur ou intermittent du spectacle, s'il est engagé dans la pratique digitale quotidienne et frotté d'innovation.

Avec le phénomène digital, la société voit son modèle d'éducation évoluer brutalement. Il n'y a plus trois âges de la vie : études, travail, retraite. Il y a simplement une vie d'activité plus ou moins riche, faite d'études, de travail et de loisirs, alternativement ou simultanément, dans l'ordre qu'on lui donne et en fonction des circonstances et des événements.

L'institution de l'éducation et de l'enseignement doit faire sa mue dans un contexte figé.

L'éducation en France n'est pas un domaine régalien au sens strict [52] mais y ressemble fort. D'ailleurs, le ministère s'appelle « Education nationale ». Le carcan institutionnel est à la fois lourd et lent et fatalement létal pour toute forme d'énergie et d'initiative.

Lorsque surgit au sein des pouvoirs publics un bref éclair d'inspiration, on constate que la mise en œuvre est laborieuse et finalement stérile. On a vu ainsi récemment apparaitre une idée nouvelle et prometteuse : le statut étudiant-entrepreneur.[53]

  • Le statut étudiant-entrepreneur

Le statut étudiant-entrepreneur [54] créé par les pouvoirs publics a pour but de favoriser la culture entrepreneuriale au sein de l'enseignement supérieur.[55]

L'idée parait en effet de bon sens dès lors que l'on tente de rapprocher université et entreprises.[56]

En France, selon l'INSEE, le nombre de start-up a stagné entre 25 000 et 30 000 entre 2004 et 2008. Ce chiffre fait un bond en 2008 pour atteindre 50 000 avec la création du statut d'autoentrepreneur. Depuis, le nombre de start-up varie de 45 000 à 50 000[57]. Ce constat devrait stimuler les initiatives et inciter à progresser. Ce tissu économique est appelé à s'étendre et à gagner en densité d'autant plus que les aides publiques sont maintenant adaptées et nombreuses, notamment à Paris[58].

Toutefois, si l'idée s'inscrit dans l'esprit du temps, on découvre dans la pratique qu'il s'agit d'une initiative splendidement bureaucratique : l'Etat créé un diplôme d'établissement étudiant-entrepreneur (D2E), un cadre réglementaire nouveau, ajoute un cadre institutionnel ; les fameux PEPITE (Pôles Étudiants pour l'Innovation, le Transfert et l'Entrepreneuriat), créé plusieurs couches administratives (Contrat d'Appui d'Entreprise (CAPE), coopérative d'activité et d'emploi (C.A.E.)), et confie tout cela à des fonctionnaires. Il ne manque que le plan quinquennal.

L'étudiant intéressé par la création de sa propre activité ne voit nulle part mention de dispositions administratives et fiscales favorables, d'offre de formation tournée vers l'initiative, l'innovation et l'acquisition d'autonomie, de possibilités d'accueil et de soutien de la part des multiples agences et organismes publics, de passerelles avec le secteur privé et associatif : investisseurs, syndicats professionnels, réseaux sociaux, sponsors, incubateurs, etc.

Plus grave ; dans le cadre de la création de corecom.fr, les échanges entre l'auteur et les multiples cellules d'aides à la création d'entreprise révèlent une réalité confondante : aucun des interlocuteurs n'a personnellement été confronté à la création d'entreprise ni n'a d'expérience dans aucun domaine concret de l'entreprise. L'incompréhension est totale et le dialogue impossible.

L'impression qui résulte de neuf semaines de contacts liés à la création d'entreprise est totalement négative et le constat est sans appel : l'incompétence et l'ignorance du personnel administratif en matière d'entreprise révèle finalement un mépris général pour l'entreprise solidement ancré dans les mœurs.

La situation fait penser à un gynécologue qui découvre sa parturiente en plein travail et qui lui dit : « voici le guide de l'accouchement et les étapes à respecter. Lisez-le attentivement. Bonne chance, et surtout n'hésitez pas à me rappeler ! ».

L'étudiant doté d'un nouveau statut administratif est nu et désarmé pour conquérir un avenir qui s'appelle la recherche, la prospective et le développement. Cet étudiant est pourtant le moteur de notre économie[59].

  • Recherche, prospective, développement

L'avenir est dans les échanges. Les moyens propres à faciliter ces échanges sont simples et accessibles à condition de les inventer. Pour cela il faut désenclaver les structures et les institutions.

La Recherche en France est depuis sa création institutionnelle[60]une affaire quasi exclusivement publique, organisée, structurée et hiérarchisée pour répondre à des enjeux nationaux qui de surcroît embrassent l'empire colonial jusqu'en 1962.

Jusqu'à la création du HCERES[61] en 2013 qui succède à l'AERES et qui redéfinit les critères d'évaluation des projets de recherche[62], les projets sont examinés par les pouvoirs publics à la lumière du critère « d'intérêt national » par les principaux acteurs publics de la recherche[63].

Le budget annuel de la Recherche publique en France, de l'ordre de 50 Mds d'€ [64], est au service de professionnels hautement qualifiés, titulaires de la fonction publique[65] pour une grande majorité[66].

Grâce à cette structure ultra-professionnalisée, la recherche fondamentale française se place au 6ème rang mondial en termes de publications scientifiques, et 4ème en nombre de brevets (système européen)[67].

Toutefois, lorsque l'Assemblée nationale publie un rapport sur « la recherche en France face au défi international » en 2004, on y trouve une sévère critique : « Un système de recherche hérité du passé et peu adapté au temps présent », et la mention appuyée « d'une fracture entre recherche fondamentale et recherche appliquée » [68].

La France est en pointe en matière de recherche fondamentale et totalement handicapée en recherche appliquée. L'apparition d'Internet dans les années 90 illustre ce constat de façon caricaturale ;

Dans les années 1970, un ingénieur polytechnicien, Louis Pouzin, invente un mode de commutation de données informatiques sur réseau de cuivre scindées par « paquets » afin de les faire transiter de façon fluide et rapide entre deux points d'émission et de réception. Il s'agit d'un mode de transfert de données asynchrone. Il l'appellera « système de commutation de paquets » et obtiendra des crédits pour le développer dans un projet baptisé Cyclades[69]. Louis Pouzin fait de fréquents voyages aux Etats-Unis et noue des liens avec les ingénieurs de l'agence Arpanet qui vient de se créer. En France, l'indifférence et les conflits de baronnies [70] finissent pas tuer Cyclades après quelques années.

Pendant ce temps, aux Etats-Unis, un ingénieur de Stanford familier des cercles qui s'intéressent aux transmissions de données, Vinton Cerf, reprendra l'idée de la commutation de paquets de données, améliorera la technique de codage, et mettra en forme le protocole TCP/IP dans un document fondateur[71]. Ce document fait référence à Louis Pouzin et ses travaux dès la première ligne d'introduction.[72]

Très vite, par la suite, les applications issues de l'informatique naissante inonderont la planète. Microsoft développera toutes les applications nécessaires à l'usage d'Internet dans le monde au rythme de déploiement de TCP/IP modem.

Louis Pouzin, c'est la recherche fondamentale. Bill Gates, c'est la recherche appliquée. Louis Pouzin c'est l'innovation de rupture. Bill Gates c'est la révolution des usages.

En 2016 internet est devenue une excroissance de la personne humaine. Chaque individu est doté de pouvoirs nouveaux ou augmentés : communication, mémoire, ubiquité, autonomie. La Recherche en intelligence artificielle associée aux biotechnologies prépare la phase ultérieure : l'excroissance du cerveau humain ou l'homme augmenté. C'est l'option transhumaniste[73] .

Dans ce contexte d'innovation permanente qui soumet chaque individu à des challenges personnels et professionnels constants ; acquisition de pratiques et d'usages, l'impact des outils technologiques sur l'activité professionnelle est majeur. Il se traduit par une pression croissante sur les individus qui subissent la nécessité de se mettre à niveau pour répondre à des obligations non plus de moyens mais de résultats.

Ces questions s'inscrivent dans une approche macro-économique ; chômage et employabilité, formation professionnelle, formation initiale et continue, mais aussi dans une approche individuelle qu'il faut repenser. Dans ce débat, l'enseignement supérieur occupe une place centrale.

A l'université, l'avenir se présente spontanément, en force et en nombre à chaque rentrée : les étudiants viennent avec leurs pratiques, leurs attentes et leur enthousiasme.

Deux qualités suffiraient à répondre aux attentes des étudiants : ouverture et compétence.

  • Ouverture et compétences

Etre ouvert sur l'extérieur et acquérir les compétences qui s'y trouvent est impératif. L'exercice est facilité par les étudiants eux-mêmes : l'expérience montre qu'une vingtaine d'étudiants en Master 2 réunis autour d'une table présente de multiples atouts : les expériences, témoignages, démonstrations, idées et projets fusent.

Il reste à organiser les travaux, distribuer les tâches, hiérarchiser les fonctions, introduire la démarche critique et conduire l'action.

Un enseignement supérieur en matière d'humanités numériques doit savoir accompagner le très riche flux d'expériences, de pratiques et de connaissances d'un groupe et le replacer dans un exercice pédagogique : formalisation, critique et restitution.

Chacune de ces trois notions est sujette à réflexion et évolution :

La formalisation de l'enseignement ne peut plus consister uniquement à produire de la copie. La copie et l'écriture manuscrite s'inscrivent dans l'histoire de l'humanité à l'échelle de plusieurs milliers d'années. A ce titre le rapport de l'esprit, de la main et de la plume constitue une double expérience : anthropologique et intime. Anthropologique car l'espèce humaine s'est signalée au sein des espèces vivantes par l'aptitude à matérialiser la pensée par le symbole. Intime, car l'expression de soi grâce à la pratique du signe et la faculté d'abstraction matérialise le phénomène de la conscience.

L'invention du binary digit oblige à repenser la conduite et la pratique de l'enseignement.

Le papier et la plume appartiennent à l'expérience personnelle, le signe numérique entre dans l'expérience universelle.

L'outil numérique est à la fois sujet et objet de l'enseignement. Il s'agit d'embrasser la question du numérique dans son histoire, ses applications, ses perspectives. Il s'agit aussi de s'en servir. L'université ne peut pas enseigner le numérique autrement qu'avec le numérique. Un peu comme si en entrant dans une auto-école, on s'entendait dire « pour la conduite, on a pas de voiture, alors on va prendre la charrette à cheval... ».

La critique est la démarche reine de l'enseignement et l'expression de l'exercice de l'esprit. L'enseignement commence par la Question. La connaissance se forme à partir d'interrogations. La critique est le point qui sépare l'ignorance de la connaissance. Critique signifie examen et crise[74]. Le « point critique » est le passage, le changement, la transition d'un état à un autre, la guérison du corps et la catharsis de l'esprit. Les sciences humaines sont toute entière contenues dans l'acte fondateur de la critique.

Le terme « critique » marque la frontière qui sépare aujourd'hui l'humanisme du transhumanisme (cf infra).

La volonté d'augmenter les aptitudes et facultés humaines par le numérique s'exprime dans la biologie, la génétique, la substitution organique et fonctionnelle mais s'arrête devant la pensée. L'intelligence, elle, avance à grand pas, avec la recherche en intelligence artificielle, mais il s'agit de l'intelligence analytique[75]. L'intelligence critique, capable de confronter des notions abstraites, est du ressort de la pensée et échappe à toute modélisation informatique.

Cette fonction d'intelligence critique a pour objet de produire du sens et de dégager l'ultime valeur humaine, appelée valeur morale, qui distingue les notions de bien et de mal.

La capacité à observer, décrire et confronter des idées, la capacité d'abstraction, est le propre de l'enseignement depuis Pythagore. [76]

Le berceau organique de cette aptitude est le cerveau. Or, le cerveau est le seul organe du corps humain qui reste totalement imperméable à l'investigation scientifique.[77]

Cette aptitude et les modalités de sa mise en œuvre constituent l'attribut majeur, unique et indépassable, de l'enseignant. La mission de l'enseignant 2.0 est de placer le phénomène numérique dans la perspective de la marche de l'humanité. Et accessoirement de donner aux étudiants le goût de l'exercice des travaux de l'esprit.

La restitution dans les études universitaire se fait par les moyens qui prévalaient au XIIIème siècle lors de la création de la Sorbonne[78] : la parole et l'écriture. En 2016, les examens qui sanctionnent l'apprentissage et les travaux universitaires consistent en restitution orales et écrites conformément aux pratiques et traditions du moyen-âge.

Jusqu'à aujourd'hui, la parole et l'écrit étaient les moyens indépassables de l'expression. Mais voici que soudain, grâce à un ordinateur portable, l'étudiant devient omnipotent : son, image, mixage des deux, illustration, composition en 3 D, édition et publication, traduction, calculs, opérations mathématiques, création graphique, tournage et montage vidéo, diffusion, sont, en temps réel et sans restriction, les moyens de production et de restitution de travaux universitaires.

Ces moyens ne sont ni encouragés ni facilités par l'institution universitaire : la transition demande du temps et des ménagements.

Néanmoins, la marche vers un avenir digital est irréversible, et l'université qui, la première, intégrera des solutions web donnera le signe d'une ouverture significative.

En matière de formalisation, critique et restitution, tout est à faire.

Si la chaire d'anthropologie et de philosophie numérique n'existe pas encore, on peut toutefois commencer par une approche pratique, fonctionnelle et empirique.

  • Les domaines d'application des enseignements version 2.0

A ce stade de l'appropriation du web par l'enseignement supérieur, on peut imaginer un programme qui appliquerait les fondamentaux du digital aux principales filières d'enseignement : économique, juridique et fiscale, administrative, marketing et communication, artistique, technique.

Ce programme est appelé à évoluer et s'enrichir chaque année. Ce programme doit figurer sur une plate-forme web collaborative ouverte à l'ensemble de la communauté enseignante et étudiante.

On peut imaginer une plate-forme sur le modèle corecom.fr : communauté, jury, blog. Dans ce cas, les mises à jour et à niveau, les évaluations et les observations se font en temps réel et en permanence. La plate-forme est la cabine de pilotage de la transition numérique de l'université.

Une première édition peut s'appuyer sur un programme simple pour chaque filière ;

  • Economique

Environnement de la start-up. Mécanismes, exemples et applications des échanges économiques sur le web.

Business-modèle et Business-plan : les fondamentaux du modèle économique de rupture 2.0. Le business-plan et la création de valeur. Le business-plan et la pratique du marketing digital.

Relations avec les investisseurs et business-angels : l'architecture financière de la start-up et les modalités d'investissements dits du « premier tour ».

Stratégie capitalistique, création, early-stage, développement, IPO, etc.

Enfin, il n'est pas inutile de proposer un socle théorique commun d'enseignement du e-business :

  • Les défis de la Net-économie. L'avenir des échanges et du commerce est en ligne : approche pratique et évolution des échanges marchands. Les fondamentaux du e-commerce : Contenu, Communauté, Commerce
    Le client acteur du commerce : Un acte d'achat qui implique le client, ou la fin du consommateur.
  • La vie numérique de l'entreprise. Les outils et les stratégies de la visibilité : Sites web, portails, référencement, événementiel, publicité. La conquête par le web.
  • La vie numérique de l'individu. Réinventer l'échange : qui suis-je, qui es-tu ? Identité, avatars, jeux de rôles. Expression de désirs, réalité virtuelle, virtualité tangible. La confusion de valeur entre l'individu et la raison sociale : l'individu est le produit et la valeur. La raison sociale est la somme digitalement augmentée des individus.
  • Juridique et fiscal

Environnement juridique et fiscal de l'édition numérique et de l'activité commerciale dématérialisée : Droits d'auteurs, Dépôt de nom, création, acquisition et protection des droits, statut des extensions, création et déclaration de bases de données, commerce de données. Etablissement physique et établissement virtuel. Déclaration d'activité et fiscalité.

Extraterritorialité du web : le cas de l'Estonie et le statut de e-citoyen.[79]

Le statut de la donnée personnelle : la donnée personnelle est le socle de la société 2.0. Le marketing prédictif, la santé, la sécurité, les services reposent sur une nouvelle forme d'identité : l'identité numérique dotée de plusieurs degrés de confidentialité.

Le sujet est socialement sensible mais voué à une résolution rapide tant l'environnement économique mute rapidement. Le chantier de la donnée personnelle est actuellement verrouillé par les pouvoirs publics[80] qui subissent une pression importante et sont sous la menace du syndrome ADN.[81]

  • Administratif

Statuts professionnels et déclarations. La transition numérique de l'Etat, des collectivités, des administrations, des EPIC (Etablissements Publics Industriels et Commerciaux) et la transformation des rapports entre les entreprises et l'administration.

Le passage d'une informatique de stock à une informatique de flux : dès les années 1980, l'administration de l'entreprise était fortement informatisée. La comptabilité, l'archivage, la gestion de projet, les ressources humaines passaient du papier à l'informatique grâce à des logiciels stockés sur les disques durs. Ces logiciels vendus sous licences demandent des mises à jours fréquentes, une maintenance coûteuse et offrent une sécurité parfois fragile. C'est l'informatique de stock.

Les mêmes fonctionnalités sont aujourd'hui disponibles en mode SaaS (software as a service). Hébergées sur le Cloud, c'est l'informatique de flux.

  • Maketing, communication.

Les métiers les plus touchés par le web sont certainement le marketing et la communication. Ces métiers se sont structurés notamment à partir de 1981, lorsqu'est tombé le monopole de l'Etat, puis 1986 avec la loi de communication audiovisuelle.[82]

Ces métiers subissent actuellement très fortement l'effet digital : les mastodontes font face à aux petites entités agiles et invasives. Ces grosses entreprises s'efforcent de mettre sur pieds des filiales ou des services pour se donner une couche de vernis digital : le groupe Publicis est constitué en entités traditionnelles : création, affichage, conseil, marketing, etc. Publicis vient de créer « Publicis Net ». Ce sont les fameux « silos ». Tant que Maurice Levy ne s'installera pas devant son clavier pour transformer son groupe en Publicis 2.0, son groupe restera dans la famille pré-numérique.

Cet argument est néanmoins tempéré par l'idée que l'agence doit « ressembler à ses clients » et donc les accompagner dans leurs actions au niveau d'innovation où ils se trouvent.

Publicis est un cas d'école en raison de sa récente tentative de fusion avec Omnicom. Publicis a acquis en trente ans sous la présidence de Maurice Levy une position mondiale grâce à une stratégie de conquête et de rachat impressionnante qui en a fait le numéro 3 mondial[83].

A ce niveau d'enjeux, de taille et de pouvoir, les chocs de « silos » sont titanesques. Derrière les explications données à la presse par les deux protagonistes au moment de la rupture, Maurice Lévy et John Wren, et à travers l'histoire des deux entreprises, on devine que la vision de la numérisation de la planète n'était pas partagée. Le tropisme numérique américain face aux efforts contraints européens est trop criant.

Favoriser une culture 2.0 à la modeste échelle des Master 1 et 2 dans nos universités, c'est être capable de projection et d'anticipation.

  • Artistique

Le domaine artistique est extrêmement dynamique en matière digitale et s'empare volontiers des outils numériques. Il existe un grand nombre de formations et d'institutions qui illustrent ce dynamisme.

Le domaine artistique a cette particularité de cannibaliser, détourner et subvertir avec enthousiasme toutes les formes nouvelles d'expression digitale quelles qu'elles soient.

Il faut noter que les arts numériques se signalent par une cohérence et une continuité très forte dans l'écosystème des arts : les créateurs sont nombreux, les musées s'ouvrent aux créateurs, les fondations d'entreprises financent et exposent, les galeries se multiplient, les marchands d'art sont actifs, les mécènes se font connaître, les pouvoirs publics s'impliquent fortement[84] dans tous les domaines ; numérisation des œuvres, aides à la création, résidences d'artistes, enseignements, etc. et mêmes les autorités publiques locales investissent dans l'art numériques ! [85]

La richesse et le dynamisme de l'art numérique se manifestent aussi dans l'enseignement. Notons entre autre deux formations qui se distinguent tout particulièrement : le Master 2 CEN Création et Edition Numérique de Paris 8 et l'Institut e-tribArt.[86]

Conclusion

Avec le binary digit et le web, l'humanité écrit une nouvelle page de son histoire.

Cette page raconte comment au XXIème siècle l'invention d'une impulsion électrique et sa circulation transforme la vie.

On nomme dorénavant Humanités numériques ce qui se rapporte aux humanités ; la somme des connaissances que les hommes ont d'eux-mêmes et sur eux-mêmes, et au numérique, qui propose d'emporter notre condition humaine bien au-delà des frontières connues de l'esprit et de la matière.

Introduire les outils, techniques et usages numériques, au sein de l'université est urgent.

Créer des laboratoires de recherche scientifique sur l'intelligence artificielle ou sur la cybernétique rétroactive est indispensable. Familiariser les étudiants de toutes filières aux usages courants de l'internet pour une application pratique et immédiate devrait aussi entrer dans l'objectif de l'enseignement supérieur.

La transition numérique s'invente chaque jour. Les outils et les usages se créent et s'améliorent en permanence. La formation et l'enseignement doivent suivre ce mouvement car il est non seulement irréversible mais fondateur d'une société nouvelle : la société de l'information esquissée dans les années 1960 par Marshall McLuhan[87] , dessinée en 2000 par les GAFA et édifiée par les créateurs de start-up qui sortent de nos écoles et universités.

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Bibliographie :

Cette petite bibliographie n'est pas en lien directe avec ce mémoire mais constitue un bagage utile en termes de culture générale pour approcher la transition numérique, à la fois révolution, pluie d'innovations et source de réflexions au sein d'une société qui a commencé à se pencher sur elle-même dans les années 60.

  • Le bonheur en plus. François de Closets. Denoël 1974
  • L'économie du bien et du mal. Thomas Sedlacek. Eyrolles. 2013
  • Le numérique et les droits fondamentaux. Etude annuelle 2014. Conseil d'Etat.
  • La société numérique. Philippe Tronquoy. La documentation française. N°372 - Janvier-février 2013
  • Les autoroutes de l'information. Gérard Théry, Alain Bonnafé. Rapport au gouvernement. La Documentation française. Janvier 1994.[88]
  • Les possédés de Wall Street. Dominique Nora. Denoël 1987.
  • Les pionniers de l'or vert. Dominique Nora. Grasset. 2009
  • Lettres à mes parents sur le monde de demain. Dominique Nora.Graset 2015
  • L'argent de l'Etat. René Dosière. Le Seuil 2011
  • La démocratie Internet. Dominique Cardon. Le Seuil. 2010
  • La société bloquée. Michel Crozier. Le Seuil 1970
  • Le dernier qui s'en va éteint la lumière. Paul Jorion. Fayard. 2016
  • La 6ème extinction. Elizabeth Kolbert. Vuibert. 2014
  • La nouvelle société du coût zéro. Jeremy Rifkin. Les liens qui libèrent. 2014
  • L'événement anthropocène. Christophe Bonneuil, Jean Baptiste Fressoz. Le Seuil. 2013
  • L'âge de la multitude. Nicolas Colin, Henri Verdier. Armand Colin. 2014
  • Le paradoxe du Sapiens. Jean-Paul Baquiast[89]. JPBayol. 2010

Deux lectures fondamentales, universelles, permanentes :

  • Les évangiles (canoniques et apocryphes). Anonyme. La Bible.
  • Soumission à l'autorité. Stanley Milgram. Calmann-Lévy. 1974.

Glossaire

Arpanet : (Advanced Research Projects Agency Network). Premier réseau à transfert de paquets développé aux États-Unis par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Le projet fut lancé en 1969 et la première démonstration officielle date d'octobre 1972.

Back-office : On distingue le front office, l'information, la vente et le contact avec le client et le back office, qui concerne la gestion du suivi de la vente. Les québécois disent « arrière-guichet » ce qui est assez parlant.

Binary Digit : Le bit, c'est le 0 et 1 du code barre. C'est l'unité numérique qui s'exprime sous forme électronique, base de l'informatique. Un groupe de 8 bit forme 1 octet.

Brick & mortar : Dans le contexte de l'Internet et du commerce électronique, l'expression brick and mortar, désigne une entreprise de vente traditionnelle, par opposition aux entreprises et start-up qui dématérialisent les échanges, que l'on appelle pure-player.

BtoB : Business to Business. Opposé à BtoC pour Business to Consumer. Le BtoB concerne le commerce inter-entreprises et le BtoC le commerce d'entreprise à particulier.

CNIL : Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés.

CRM : Customer Relationship Management ou gestion de la relation client. Les informations concernant les clients obtenues par l'outil informatique permettent à l'entreprise d'optimiser son offre de services.

DINSIC : Direction Interministérielle du Numérique et du Système d'Information et de Communication de l'Etat.

DSI : Directeur des Systèmes d'Information au sein d'une entreprise

ERP : Enterprise ressource planning, traduit en français par PGI Programme de gestion intégré. Outil de base du Système d'Information prescrit par les SSII et les DSI. SAP a été longtemps le principal éditeur de PGI.

GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple

Help-desk : plate-forme d'assistance, web ou téléphonique, BtoB ou BtoC. Souvent délocalisée.

INSEE : Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques.

MSN : Anciennement Micro Soft Network. Aujourd'hui Windows Live Messenger

IPO : Initial Public Offering. Introduction en Bourse.

ICO : Initial Coin Offering 

Pure player : entreprise entièrement web, qui dématérialise les procédures : catalogue, commande, paiement, SAV et ne dispose ni de boutique, magasins, guichets, etc.

RSE : Responsabilité sociale de l'entreprise. Concept qui concerne la prise en compte de l'environnement et du développement durable dans les choix stratégiques des entreprises.

SI : Système d'information. On appelle système d'information la ressource informatique de l'entreprise qui réunit les fonctions de production, d'organisation, de stockage et de communication de l'information qui concourent aux fins de l'entreprise.

SSII : Société de Services en Ingénierie Informatique.

Work-flow : Flux des tâches. Ordre que l'on donne aux tâches qui doivent être exécutées

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[1] Content Management System, ou système de gestion de contenu. Permet de publier sur Internet. Exemple : spip.net ou wordpress.com.

[2] https://www.henri-le-roy.fr/ratp-paris-visite-site-e-commerce-btob/

https://www.henri-le-roy.fr/introduction-de-linternet-a-lassemblee-nationale/

[3] https://www.franceinfo.fr/emission/question-d-education/2013-2014/65-des-metiers-de-demain-n-existent-pas-l-ecole-est-elle-prete-12-02-2013-13-45

www.economie.gouv.fr/files/files/directions.../2016_04_12_2015-10.pdf

[4] Il faut noter toutefois : https://www.larevuedudigital.com/2016/05/04/chez-engie-les-startups-bousculent-les-grands-prestataires-it-et-de-conseil-traditionnels/

[5] Le terme « entreprise » désigne ici la TPE et la PME de moins de 10 personnes. L'auteur considère néanmoins que les principes de l'économie 2.0 qui s'appliquent aux TPE et PME vont progressivement influencer le management des grandes entreprises et des grands groupes.

[6]https://www.legifrance.gouv.fr/affichSarde.do?reprise=true&page=1&idSarde=SARDOBJT000007117833&ordre=null&nature=null&g=ls

[7] Émile Coornaert, Les corporations en France avant 1789, Paris, Gallimard, 1968

[8] Michel Margairaz, Danielle Tartakowsky et Daniel Lefeuvre, « L'avenir nous appartient ! » : une histoire du Front populaire, Paris.

[9]https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=EFFF982B8EA45CE375DE1824AE3281AD.tpdila11v_1?cidTexte=JORFTEXT000019347122&idArticle=LEGIARTI000019347382&dateTexte=20160506&categorieLien=id#LEGIARTI000019347382

[10] La première version a été distribuée en 1983 sous le nom de Multi-Tool Word (« Multi-Outil de traitement de texte »).

[11] https://www.franceinfo.fr/emission/s-y-emploie-de-philippe-duport/2015-2016/des-salaries-suivis-la-trace-grace-des-puces-rfid-14-04-2016-13-31

[12] Malgré la multiplication des lois, décrets, règlements, mesures, « chocs de simplification », guichets dits « uniques », portails et autres services dédiés :

https://www.gouvernement.fr/action/le-choc-de-simplification

https://www.gouvernement.fr/la-simplification

https://simplification.modernisation.gouv.fr/

https://www.faire-simple.gouv.fr/

https://www.entreprises.gouv.fr/politique-et-enjeux/simplifications-administratives

https://www.entreprises.gouv.fr/cns/simplifications-administratives

https://www.simplifier-entreprise.fr/

https://www.guichet-entreprises.fr/article/formalites-de-creation/

https://www.afecreation.fr/pid224/8-les-formalites-de-creation.html%3Fespace%3D1%26tp%3D1

https://www.cci.fr/web/formalites-de-creation

https://www.cci.fr/web/creation-d-entreprise/accompagnement-et-aides

etc...

[13] Je tiens le document à disposition des curieux et des incrédules.

[14] La raison apparente de ce paradoxe en forme de bug est qu'infogreffe.fr est une entreprise privée (GIE). Infogreffe.fr n'a donc pas d'obligation de « simplification administrative ».

[15] Liste de CMS : https://www.scriptol.fr/cms/liste.php

[16] SAS : Société par actions Simplifiée. SAU : Société à Actionnaire Unique. BNC : Bénéfice non commerciaux (conseil, prestations intellectuelles, formation, intermédiation). BIC : Bénéfices Industriels et Commerciaux (achat-vente et/ou transformation de produits à valeur ajoutée).

[17] C'est le cas des compagnies aériennes low-cost qui s'affranchissent du droit social par branches, secteurs et des conventions collectives en recrutant des pilotes par contrats locaux individuels. Par ailleurs, dans les compagnies et entreprises nationales, les grilles de salaires disparaissent au profit de négociations individuelles.

[18] https://www.cnrtl.fr/definition/subsidiarit%C3%A9

[19] Première loi Informatique et libertés 1978 et suivantes : Dispositions relatives aux conditions d'autorisation des traitements de données à caractère personnel (TDCP) et à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). https://www.legifrance.gouv.fr/affichSarde.do?reprise=true&page=1&idSarde=SARDOBJT000007105115&ordre=CROISSANT&nature=&g=ls

www.cnpd.public.lu/fr/publications/brochures/brochure-vie-privee/brochure-fr

[20] https://tempsreel.nouvelobs.com/les-internets/20120823.OBS0254/notre-vie-privee-est-elle-en-vente-sur-internet.html

Excellent tour d'horizon sur les données personnelles : https://bigdatafrance.wordpress.com/

[21] https://www.infosolutionsgroup.com/customer-and-market-profile-development/

[22] www.anrt.asso.fr/fr/pdf/Atelier4_laguna.pdf

[23] https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Ford_Motor_Company

[24] https://www.usinenouvelle.com/article/qui-sont-les-salaries-du-secteur-automobile-en-france.N187915

[25] https://www.usinenouvelle.com/article/les-constructeurs-automobiles-allemands-chouchoutent-leurs-salaries.N170393

[26] https://www.bls.gov/iag/tgs/iagauto.htm

[27] https://www.vie-publique.fr/rechercher/recherche.php?query=revenu+universel&filter=

https://www.huffingtonpost.fr/2016/04/20/valls-revenu-universel-definition_n_9736078.html

[28] https://blockchainfrance.net/decouvrir-la-blockchain/c-est-quoi-la-blockchain/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEne_de_blocs

https://cryptozine.info/watizit/blockchain-watizit/332-la-blockchain/

[29] Une approche de la question parmi d'autres : Mensonge romantique et vérité romanesque. René Girard. Grasset 1977.

[30] Référence à 1984 de George Orwell et au Procès de Franz Kafka.

[31] Référé de la Cour des comptes 68579 du 27 décembre 2013 page 2. https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Le-systeme-de-paye-Louvois

[32] https://www.atlantico.fr/decryptage/chantiers-informatiques-etat-milliards-euros-jetes-fenetre-pierre-guyot-1014447.html

https://www.lesechos.fr/28/05/2015/lesechos.fr/02196589331_informatique---l-etat-met-fin-aux-projets-pharaoniques.htm

[33] https://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/rgpp/revision-generale-politiques-publiques-coup-accelerateur-pour-reforme-etat.html

[34] www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/.../20120925-rapport-bilan-RGPP.pdf

[35] https://www.leblogfinance.com/2012/09/bilan-de-la-rgpp-des-economies-certes-mais-un-echec-pour-les-politiques-publiques.html

[36] https://www.theverge.com/2014/8/11/5992087/us-digital-service-created-to-prevent-tech-debacles-like-healthcare-gov

[37] Lean management : ou « direction allégée » comme on dirait « régime minceur ». Il s'agit d'introduire dans la gestion de projet l'idée de la frugalité et de la recherche de l'économie afin d'optimiser les procédures et les coûts.

[38] Enterprise ressource planning, traduit en français par PGI Programme de gestion intégré. Outil de base du SI prescrit par les SSII et les DSI . SAP a été longtemps le principal éditeur de PGI.

[39] Infogérance : Gestion à distance de tout ou partie de systèmes d'information.

[40] TMA : Tierce maintenance applicative. Support client et garantie de continuité de service de tout ou partie du système d'information d'une entreprise de la part des SSII pour leurs clients.

[41] La Direction des Systèmes d'Information (DSI) SNCF a travaillé avec DocTrackR, un service permettant de garder le contrôle des documents diffusés en interne par l'entreprise quel que soit le média utilisé. La confiance de SNCF a permis à la startup de lever 2 millions de dollars aux USA. La startup a aujourd'hui été rachetée par Intralinks pour 10 millions de dollars.

[42] Risk, Uncertainty & Profit (1921). Frank H. Knight. Membre fondateur du Mont Pellerin. A exercé une forte influence au sein de l'école de Chicago (Milton Friedman).

[43] Ou RSE Responsabilité Sociale de l'Entreprise.

[44] Exemple du diplôme créé cette année par le groupe HEI-ISA-ISEN (https://www.groupe-hei-isa-isen.com/formation/des-diplomes.html) et le label « Humanité » qui vise à « équilibrer les données environnementales (Planet), économiques (Prosperity) et la responsabilité sociale (People) ».

[45] Mediawen est un exemple de start-up, française à vocation mondiale, qui met au point une traduction simultanée. https://mediawen.com/

[46] La société Withings crée en 2009 par Eric Careel lève 3M€ en 2010 et est rachetée par Nokia 170 M€ en 2016.

[47] Une prime d'émission dans le cas d'une entreprise pré-numérique prend en compte les fonds propres et les réserves. Les investisseurs dans l'économie numérique recourent au même principe pour l'appliquer à une anticipation de valeur. On devrait appeler cela « prime d'anticipation ».

Par d'exemple, en 2013, Google rachète Nest, crée en 2010, 3,2 milliards de dollars. Nest n'avait pas de chiffre d'affaire. (Officiellement non communiqué). Les 3,2 Md$ représentent les profits futurs que les investisseurs anticipent de l'exploitation de la société. https://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/01/14/google-fait-la-troisieme-acquisition-de-son-histoire_4347592_651865.html

[48] https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/ces-start-up-tricolores-qui-risquent-de-passer-sous-pavillon-etranger_1789206.html?utm_content=buffere5545&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

[49] Agence Nationale de la Recherche, Mission Interministérielle Recherche et Enseignement Supérieur, Banque d'Investissement : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid56386/qui-finance-la-recherche.html

[50] https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Le-financement-public-de-la-recherche-un-enjeu-national

[51] Il faut noter à cet égard l'excellent site FUN France Université Numérique : https://www.fun-mooc.fr/

[52] Les ministères régaliens sont : Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères et Finances.

[53] https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/plan-entrepreneuriat-etudiant-des-premiers-pas-timides-mais-prometteurs.html

[54] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid79926/statut-national-etudiant-entrepreneur.html

[55] https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/008278

[56] Selon l'APCE (Agence pour la création d'entreprises) seulement 3 % des créateurs d'entreprises étaient étudiants en 2013.

[57] https://www.insee.fr/en/themes/info-rapide.asp?id=41

[58] 3 000 start-up, 36 incubateurs selon https://mystartup.paris.fr/

[59] https://www.challenges.fr/entreprise/20150412.CHA4844/un-jeune-francais-sur-deux-pret-a-creer-son-entreprise.html

[60] 1901 : création de la Caisse de la Recherche Scientifique. (Loi du 14 Juillet 1901).

1939 : création du CNRS

1954 : création du secrétariat d'Etat à la recherche scientifique et au progrès technique.

[61] https://www.hceres.fr/ Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur

[62] www.hceres.fr/.../file/Référentiel%20AERES-Entités%20de%20Recherche%20septembre

[63] CNRS, IFREMER, universités, etc.

[64] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid25351/chiffres-cles-de-la-recherche.html

Le budget global de la Recherche privée n'est pas disponible, faute de consolidation des chiffres, eux-mêmes souvent confidentiels car liés aux enjeux concurrentiels et stratégiques des entreprises.

[65] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22664/enseignants-chercheurs-textes-reglementaires.html

[66] 229 100 chercheurs et enseignants-chercheurs en France dont 11 116 chercheurs statutaires au CNRS.

https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid25351/chiffres-cles-de-la-recherche.html

[67] https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/7/EESR7_R_45-le_positionnement_de_la_france_dans_le_monde_par_ses_publications_scientifiques.php

[68] https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1998.asp#P185_23298

[69] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyclades_(r%C3%A9seau)

[70] Les ingénieurs de la DGT (PTT de l'époque) souhaitaient imposer la norme X 25, sur le même principe de commutation de paquets, qui deviendra la norme de Transpac, filiale chargée d'exploiter le premier réseau commercial de transmission de données par paquets en France à l'origine du Minitel.

[71] https://www.rfc-editor.org/ien/ien48.txt

[72] Il faut noter les propos de Maurice Allègre, délégué à l'informatique du Plan Calcul puis ministre : «Louis Pouzin, polytechnicien et chercheur de très grand talent, est venu proposer un projet de réseau maillé d'ordinateurs basé sur quelque chose de totalement nouveau : la commutation de paquets. Très vite, les recherches ont connu un plein succès, au point que j'ai déployé de grands efforts pour faire adopter le projet par la direction générale des télécommunications comme base pour leur futur réseau de transmissions de données. Je me suis malheureusement heurté à un mur. (Les ingénieurs des télécoms préfèrent pousser le développement industriel du Minitel) Nous aurions pu être parmi les pionniers du monde télécoms.

[73] https://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/20160311.OBS6259/un-autre-transhumanisme-est-il-possible.html

https://transhumanistes.com/

[74] https://www.cnrtl.fr/etymologie/critique

[75] AlphaGo, logiciel conçu pour le jeu de Go a battu le champion du monde en Mars 2016. https://deepmind.com/

[76] Penseur et philosophe grec. Fondateur d'une école 600 ans avant J.C.

[77] Intervention du professeur Yves Agid, spécialiste des neurosciences, 12 Septembre 2015 https://www.s3odeon.fr/ « On ne connait rien du fonctionnement réel du cerveau ».

[78] https://www.paris-sorbonne.fr/historique

[79] https://www.france-estonie.org/article.php?id_article=73

https://www.linformaticien.com/actualites/id/35033/l-estonie-premier-pays-au-monde-a-proposer-de-devenir-un-e-citoyen.aspx

https://www.lesechos.fr/10/02/2016/LesEchos/22126-049-ECH_l-estonie--le-pays-des---e-citoyens--.htm

[80] CNIL, DINSIC, SGMAP, INSEE...

[81] La loi interdit en France le recours des particuliers au séquençage ADN en dehors de prescription médicale contrôlée. Hors, le séquençage ADN est une opération devenue simple, rapide et peu onéreuse sur Internet. Ce sont des sociétés américaines qui assurent la prestation.

[82] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006068930&dateTexte=20090909

[83] WPP Martin Sorrell n°1 Mondial, Omnicom, John Wren, n°2 mondial.

[84]https://www.culturecommunication.gouv.fr/content/search?SearchText=arts+num%C3%A9riques&SearchButton=&node_id=66https://www.culture.fr/content/search?SearchText=arts+num%C3%A9riques&SubTreeArray=2&SearchButton=Rechercher

https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/recherche.php?pid=&page=0&formSubmitted=1&moteur_recherche=1&type=Simple&recPer=per&recMot=arts+num%C3%A9riques&search_valid

[85] A Issy-les-Moulineaux, Le Cube, entre autre, mérite d'être signalé : https://lecube.com/. Le Maire, André Santini, a souhaité doter la commune d'un centre culturel dédié au numérique dès 1998.

[86] https://www.crossmedias.fr/ le Blog du Master CEN Paris 8

https://www.e-tribart.fr/index.html

[87] https://www.youtube.com/watch?v=HeDnPP6ntic

[88] Il s'agit du 1er rapport officiel, qui a fait longtemps autorité en France. On y lit notamment concernant Internet : « Son mode de fonctionnement coopératif n'est pas conçu pour offrir des services commerciaux. Sa large ouverture à tous types d'utilisateurs et de services fait apparaître ses limites, notamment son inaptitude à offrir des services de qualité en temps réel de voix ou d'images. »

Et plus loin : « Ce réseau est donc mal adapté à la fourniture de services commerciaux. » L'auteur, Gérard Théry est un X Télécom.

[89] Jean-Paul Baquiast a terminé sa carrière de haut fonctionnaire des finances avec le grade de contrôleur général de l'administration et a commencé sa carrière d'expert Internet en 1995 en même temps qu'il prenait sa retraite. Il est l'incarnation du grand serviteur de l'Etat, esprit dénué de préjugés et curieux de tout, attaché à la chose publique et tourné vers l'innovation. Ses analyses sur la société de l'information dès ses prémisses étaient simplement brillantes.